Virage à 180° chez Mercedes-Benz : Travailler plus sans gagner plus pour préserver la compétitivité

Face à la concurrence chinoise et à la transition difficile vers le véhicule électrique, le constructeur allemand réclame un allongement du temps de travail de 35 à 40 heures hebdomadaires. Une offensive sociale qui fait l’effet d’une onde de choc en Allemagne.

Le modèle social de l’industrie automobile allemande, longtemps cité en exemple dans toute l’Europe, vacille sur ses bases. Confronté à une baisse de sa rentabilité, à l’essor agressif des constructeurs chinois et au ralentissement des ventes de véhicules électriques, le géant Mercedes-Benz préconise une mesure choc : repasser de la semaine de 35 heures à 40 heures de travail.

Une augmentation de cinq heures hebdomadaires — soit environ 260 heures supplémentaires par an — demandée sans hausse de salaire proportionnelle.

Préserver les marges à tout prix

Dans le viseur de la direction de Stuttgart : la baisse de productivité et la dégradation de la compétitivité des sites allemands face à des marchés mondiaux toujours plus agressifs. La direction du groupe estime que réduire les coûts de main-d’œuvre à l’unité produite est indispensable pour conserver une marge opérationnelle solide tout en poursuivant les investissements massifs requis par la transition technologique.

Deux options se présentaient théoriquement à l’entreprise pour ajuster sa masse salariale : baisser directement les salaires ou augmenter le volume horaire pour un salaire égal. La première option ayant été jugée irréalisable, la direction fonde désormais sa stratégie d’économie sur le temps de travail. Outre cet allongement horaire, le groupe envisage également le report de certaines primes annuelles afin d’alléger la pression budgétaire à court terme.

Vingt-cinq ans de conquêtes sociales menacés

En Allemagne, l’adoption de la semaine de 35 heures dans la métallurgie au milieu des années 1990 constitue l’une des victoires historiques majeures du puissant syndicat IG Metall. Revenir sur ce totem syndical suscite une vive opposition au sein des usines du groupe.

« La stabilité à long terme du constructeur ne s’obtiendra pas par la précarisation des conditions de travail, mais par des modèles innovants, des investissements stratégiques et le maintien des talents », fustigent les représentants du comité d’entreprise.

Pour les syndicats, le calcul est clair : un passage à 40 heures sans augmentation de salaire correspond à une baisse mécanique du taux horaire. IG Metall rappelle d’ores et déjà que les accords collectifs ne pourront être modifiés sans des contreparties fortes en matière de garanties d’emploi sur le sol allemand.

Le reflet d’un malaise industriel global

Cette offensive de Mercedes-Benz n’est pas un cas isolé : d’autres poids lourds de l’industrie d’Outre-Rhin, à l’image de Stihl, amorcent des réflexions similaires. L’ensemble du secteur automobile européen fait face à une crise structurelle profonde, tiraillé entre des coûts de production locaux élevés, des règles environnementales strictes et la perte de parts de marché en Chine.

Alors que s’ouvrent des négociations tendues entre la direction et les partenaires sociaux, l’issue du bras de fer chez Mercedes-Benz servira de test pour toute l’industrie européenne. Si la marque à l’étoile parvient à imposer ses conditions, c’est l’ensemble du compromis social de l’automobile allemande qui pourrait basculer.

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